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Le Canadien à la date limite: Manque de vision

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Les attentes envers le Canadien étaient basses dans un contexte où ses besoins étaient difficiles à combler et le marché défavorable.

NHL General Managers Media Opp Photo by Bruce Bennett/Getty Images

(Toutes les statistiques de cet article proviennent de corsica.hockey)

Marc Bergevin est entré dans la période de la date limite des transactions dans une position difficile. Son équipe n'est pas une aspirante réelle à la Coupe; elle a trop de trous majeurs dans son alignement. Ces trous, soit l'absence d'un défenseur numéro un et d'un deuxième centre offensifs, allaient être pratiquement impossible à combler à la date limite, où ce genre de transaction est rare par rapport à l'acquisition de joueurs de deuxième et troisième ordre sur des contrats en voie d'expiration. De la même manière, le CH regorgeait déjà de la fameuse profondeur qui fait la majeure partie des échanges de la date limite. Ajoutons à cela un marché extrêmement pauvre du côté des attaquants offensifs, ce qui représentait le seul besoin à court terme du Canadien qu'il pouvait espérer combler, et il ne fallait pas se surprendre si Bergevin connaissait une date limite bien tranquille.

L'imprévisible DG du Canadien arrivait avec une feuille de route impressonnante en tant qu'acheteur (Vanek, Petry) tout comme vendeur (Danault et autres). On pouvait donc espérer qu'il sorte un enième lapin de son chapeau. Mais au final, si le prix est bon, qu'il essaie de trouver un ailier capable de compter quelques buts sans compromettre l'avenir de la formation, et qu'il ajoute quelques morceaux de profondeurs en vue des séries, et on aurait été bien satisfait.

Le résultat fut très mitigé, c'est le cas de le dire.

Les transactions de positionnement

Les premières transactions du Canadien lors de cette semaine auguraient bien; deux mouvements de personnel astucieux qui éliminaient des joueurs qui ne figuraient plus dans les plans pour d'autres qui seraient utiles au CH.

Greg Pateryn et un choix de 4ème ronde en retour de Jordie Benn

Greg Pateryn est un joueur sous-estimé qui est meilleur que le poste de septième défenseur qui lui était réservé depuis le début de la saison. Son échange pouvait donc s'avérer un écueil. Cependant, Jordie Benn est un joueur sous-estimé qui est meilleur que le poste de sixième défenseur qui lui était réservé. Benn est quelque peu difficile à évaluer statistiquement, ayant changé de partenaire et même de côté assez fréquemment ces dernières années. On peut voir en lui une légère amélioration par rapport à Pateryn, et s'il se dit plus confortable à droite, il est gaucher, ce qui lui permettra au besoin de venir renforcer le côté le plus dégarni de la défensive du Canadien.

David Desharnais contre Brandon Davidson

David Desharnais recevait des critiques acerbes et peu méritées depuis quelques années. En fait le problème ne venait pas du joueur, un joueur de profondeur à caractère offensif tout à fait correct, mais de l'utilisation qu'en faisait Michel Therrien, qui semblait s'en remettre à lui constamment et l'avait utilisé longuement dans le rôle de premier centre, bloquant par le fait même le très supérieur Alex Galchenyuk, apparamment à cause de ses performances passées. Desharnais s'est acquitté de toutes ses tâches du mieux qu'il a pu, mais il n'était visiblement plus sur la bonne chaise et son utilisation s'était mise à péricliter même sous les ordres de Therrien. Dépassé par d'autres joueurs, notamment Danault, il n'avait plus vraiment sa place avec le Canadien.

En Brandon Davidson, le Canadien acquiert un jeune défenseur gaucher avec de très bonnes métriques de tirs; sur les deux années précédentes, le Corsi ajusté des Oilers lorsqu'il est sur la glace est de 3.26% meilleur que lorsque qu'il n'y est pas! Pour autant qu'on le fasse jouer, Davidson pourrait avoir un impact positif pour le Canadien, et c'est donc là une très bonne transaction.

Refonte du quatrième trio?

Ces deux transactions ressemblaient énormément à un positionnement pour une transaction de plus grande envergure lors de la date limite. Les partisans du Canadien observaient donc la suite des choses avec intérêt; mais ils commencèrent à déchanter dès la nuit du 28 février.

Un choix de sixième ronde contre Steve Ott

Quand Steve Ott fut sur la glace lors des trois dernières saisons, son équipe accorde presque deux fois plus de buts qu'elle n'en marque (36.62%). S'il y a une part de malchance là-dedans, elle n'est pas seule responsable. Son Corsi ajusté de 47.7% sur cette période est de 5.1% inférieur à celui de son équipe.

Steve Ott était le moins bon attaquant de son club et l'un des moins bons attaquants réguliers de la ligue. Il n'est pas vraiment un joueur de calibre de la LNH, et le Canadien a plusieurs joueurs qui lui sont supérieurs -- tout comme les IceCaps.

Mais c'est un dur. En fait, il possède une réputation bien méritée de joueur salaud.

Un choix de quatrième ronde contre Dwight King

Lorsque Dwight King est sur la glace lors des trois dernières saisons, son équipe présente un Corsi ajusté de 53.2%, un nombre qui serait plus impressionant chez une autre équipe que les Kings: il est de 3.2% inférieur à celui de son équipe, mais il faut le dire, les Kings sont une puissance inégalée en termes d'échange de tirs sur cette période.

Dwight King était peut-être le moins bon attaquant des Kings, mais il est un joueur utile, du calibre de la LNH, qui pourrait avantageusement remplacer Bryan Flynn. L’ennui est qu’il n’est pas le seul chez le Canadien dans ce cas, mais il n’y a à priori rien de mal dans cette transaction, prise par elle-même.

Et c'est un dur, qui fait 6'3” et pèse 234 livres.

Sven Andrighetto contre Andreas Martinsen

Lors des trois dernières saisons, Sven Andrighetto a un Corsi ajusté de 51.9%, 1.3% de mieux que son club lorsqu'il n'est pas sur la glace. Andreas Martinsen pour sa part a un Corsi ajusté de 42.4%, 3.8% de pire que son club lorsqu'il n'est pas sur la glace.

Andreas Martinsen était le moins bon attaquant de son club et l'un des moins bons attaquants réguliers de la ligue. Il n'est pas vraiment un joueur de calibre de la LNH, et le Canadien a plusieurs joueurs qui lui sont supérieurs -- tout comme les IceCaps.

Mais c'est un dur, qui fait 6'3” et pèse 220 livres.

Un contexte défavorable

Il serait sévère de qualifier le travail de Bergevin à la date limite des transactions d'échec. Mais non seulement le Canadien n'a-t-il rempli aucun de ses besoins, que ce soit à long ou à court terme, l'équipe du premier mars au soir est en certains aspects carrément moins bonne que celle du 28 février.

Cela dit, à l'impossible nul n'est tenu. On ne saurait reprocher à Bergevin de ne pas avoir trouvé son défenseur de pointe ou son centre offensif; ces joueurs n’étaient simplement pas disponibles et comme on en a discuté plus tôt, de telles transactions ne se font pas souvent à la date limite, étant généralement réservées à l'été.

De la même manière, on ne reprochera pas à Bergevin son échec à ajouter un attaquant offensif de quelque type que ce soit. Cette année du Canadien se veut forcément une année de transition, avec le changement d'entraîneur, l'alignement insuffisant et l'effondrement offensif de Tomas Plekanec. Le Canadien sera un adversaire coriace en séries mais il ne compétitionnera pas sérieusement pour la Coupe. Inutile donc de lui consacrer de nombreuses ressources. Il est préférable de laisser Julien instaurer son système sur 20 parties et 1-2 séries, et recharger durant l'été où le Canadien aura une meilleure chance de combler ses lacunes. On aurait certes aimé voir un Vanek ou un Vrbata arriver, ne serait-ce que pour agrémenter les matches d'un peu plus de punch offensif, mais on ne s'offusquera certainement pas si le DG a trouvé les prix trop élevés à son goût, et préféré garder sa poudre sèche pour une année plus favorable.

Il serait donc injuste de blâmer Bergevin pour des transactions qu'il n'a pas pu faire, surtout qu'il apparaît clair que l'opportunité de ce faire était à toute fins pratiques inexistante.

Une philosophie problématique

Cependant, les transactions effectuées par Bergevin posent problème même avec ces attentes diminuées. Le DG du Canadien est un dirigeant imprévisible, capable du meilleur comme du pire, et ces derniers jours en sont une autre démonstration. Certes, les acquisitions de Benn et de Davidson sont bonnes pour le présent et l'avenir, et si l'arrivée de King pour le reste de la saison ne comble aucun besoin réel, il n'est pas déclassé.

Il est cependant frustrant qu'un DG capable de coups astucieux comme l'échange Desharnais-Davidson soit aussi capable de transactions beaucoup plus douteuses et aisément évitables. Mais les acqusitions de Ott et de Martensen, deux des pires attaquants de la ligue, sont carrément nuisibles et entrent dans cette catégorie. Ces joueurs sont en-dessous du seuil de remplacement, seuil sous lequel le joueur peut être remplacé par un joueur de la ligue Américaine. En fait, dans les deux cas, le scénario le plus favorable pour le Canadien serait qu'ils ne jouent peu ou pas. On peut espérer que ce soit le plan.

Bien sûr, on n'a rien hypothéqué non plus et l'impact de ces transactions sera limité. Le choix de sixième ronde ne représente presque rien et Andrighetto, déjà boudé une fois au ballotage, n'avait pas une très grande valeur et ne semblait pas trouver sa place chez un Canadien où les vétérans ont primauté sur la jeunesse. Il reste que ces échanges contre des joueurs que le CH aurait avantage à garder sur la galerie de presse représentent des ressources gaspillées, et le bât blesse encore plus car il est clair que de Ott, Martensen et Andrighetto, c'est ce dernier qui est le meilleur joueur des trois, en plus d'être le plus jeune.

Il n'y a, en soi, rien de mal, à avoir de gros joueurs, en autant qu'ils soient efficaces. Dwight King n'a rien d'une étoile, mais c'est un joueur de hockey capable de faire des présences sur un quatrième trio sans mettre indûment son équipe dans le trouble. Il ne poussera pas le jeu, mais si on veut un joueur de quatrième trio capable de frapper et de déranger l'adversaire, King peut remplir ce mandat sans affaiblir son club.

Ce n'est pas le cas de Martinsen et de Ott. Bien souvent, la quête de pouces, de pieds et de papier sablé mène à l'acquisition de tels joueurs, qui possèdent les qualités voulues, mais seulement ces qualités (et peut-être une ou deux autres, comme les mises en jeu) mais sont susceptibles d'être emprisonnés dans leur zone ou sont à tout le moins incapable de faire pencher le jeu contre l'adversaire. Les joueurs les moins bons de la ligue sont invariablement de cette trempe, leur robustesse et leur lourdeur leur donnant une longévité que leur efficacité ne mériterait normalement pas.

Ce n’est pas, non plus, la première fois que Bergevin fait l'acquisition de tels joueurs. Les noms de George Parros et de Douglas Murray, en particulier, nous reviennent immédiatement en mémoire.

Un avenir en question

Tous ces changements n'ont ultimement que peu d'impact immédiat. Bergevin a effectué un changement majeur ce mois-ci, en remplaçant Michel Therrien par Claude Julien. C'est là un pas de géant, et un pas nécessaire, sur le chemin qui mènera le Canadien parmi les équipes de pointe. Mais ce changement aussi tard dans la saison, et les différences marquées de style entre les deux entraîneurs, causent nécessairement une période de rôdage alors que Julien implante son systeme, plus complexe que celui de Therrien qui était, à dessein, axé sur des décisions rapides et simples parmi un éventail limité d'options.

Entre le changement d'entraîneur, l'affaiblissement du groupe de défenseurs causé par le départ de P.K. Subban, et l'effondrement de Tomas Plekanec qui aurait dû être le second centre offensif du club, le Canadien a souffert trop de reculs pour une équipe qui misait sur la profondeur de son alignement au lieu de joueurs dominants. La saison 2016-2017 du Canadien en est donc devenue une de transition, où seront mises en places les bases d'une compétitivité future.

Cependant, les lacunes du Canadien demeurent et elles ne sont pas les moindres. Elles ne seront pas faciles à combler. Et le temps presse. Marc Bergevin a dit, dans la conférence de presse qui a suivi la date limite, qu'il ne croyait pas au concept de "fenêtre d'opportunité”. C'est bien beau, mais de déclarer ne pas croire à la gravité ne permettra pas de léviter. Bien sûr, ce que Bergevin entend par là, c’est qu’il veut créer une équipe qui sera compétitive année après année, mais pour ce faire, il faut remplir les trous (et s'abstenir d'en créer de nouveaux) tout en renouvelant sans cesse son alignement pour le rajeunir. Or, le Canadien vieillit; son noyau est maintenant presque entièrement passé les 26 ans, et les échanges de Bergevin ont tendance à accentuer ce vieillissement. Pendant ce temps, l'ajout de jeunes ne se fait pratiquement pas. Depuis Galchenyuk et Gallagher au début du mandat de Bergevin, Lehkonen et Beaulieu sont les seuls joueurs repêchés par le club à avoir percé l'alignement, et encore, dans des rôles effacés. L'équipe a tendance à favoriser les vétérans et à se départir des jeunes qui, comme Pateryn et Andrighetto, n'arrivent pas à faire leur nid dans ce contexte.

Marc Bergevin risque donc de faire face très bientôt à une équipe en déclin, si ce n'est d'ores et déjà amorcé.

Ce n’est là pas un problème auquel il pouvait s'attaquer à la date limite, et on n'a donc pas à lui reprocher de ne pas l'avoir fait. Mais ses transactions ne montrent pas que Bergevin vise à monter un club axé sur l'accumulation de talent, comme le sont les clubs aspirants, ou qu'il cherche à donner une place à la jeunesse qui doit fournir au club son renouvellement. Il tend plutôt à montrer qu'il voit la robustesse et la grosseur comme une riposte au talent adverse, et il ajoute d'autres vétérans qui pourraient recevoir du temps de glace qu'on aurait pu confier à un Charles Hudon, par exemple.

Il pourrait s'agir simplement d'un aspect passager, les joueurs en question n'ayant pas de contrat la saison prochaine. Mais suivre la philosophie qui a motivé l'acquisition d'un Steve Ott ne mènera pas le Canadien à aspirer à la Coupe Stanley.