clock menu more-arrow no yes

Filed under:

En quête de stabilité chez le Canadien: assembler des duos d'attaquants

New, comments

Paniquer en changeant complètement les trios au cours d'un match est le plus grand vice de l'entraineur-chef Michel Therrien. Et s'il existait une stratégie simple, mais efficace, pour y remédier partiellement?

Eric Bolte-USA TODAY Sports

Fut un temps où l'URSS redéfinissait le concept de chimie d'équipe en déployant non pas des trios, mais des quintettes. Slava Fetisov, Alexei Kasatonov, Sergei Makarov, Igor Larionov et Vladimir Krutov ont étourdi la planète hockey en s'échangeant la rondelle dans tous les axes, en parfaite symbiose les uns avec les autres.

Il s'agit, de nos jours, d'une stratégie presque impossible à réaliser considérant la vitesse à laquelle le sport se dispute. Les changements "à la volée" seraient beaucoup plus laborieux, et occasionneraient trop souvent des surnombres.

Mais vous aurez compris l'idée derrière tout ça: plus les joueurs passent du temps ensemble, plus ils développent des habiletés et ils se familiarisent avec les patrons de jeu de chacun. Cela va de soi.

Durant une saison, un entraineur devra inévitablement procéder à plusieurs changements de trio, que ce soit pour changer la dynamique d'une équipe en léthargie, ou s'adapter à la stratégie adverse. Il est certes impossible de maintenir des combinaisons pendant 82 matchs.

Un compromis raisonnable serait toutefois de fixer des duos qui demeureraient plus ou moins intacts tout au long de la campagne. Pas de n'importe quelle façon, toutefois. Les habiletés des joueurs étant jumelés doivent être complémentaires pour assurer une association bénéfique à long terme.

Autour de ces duos pourraient s'emboiter des pièces mobiles. On parle de joueurs qui réussissent à être efficaces avec tous les styles de coéquipiers.

Les acquisitions d'Alexander Radulov et Andrew Shaw, la mutation d'Alex Galchenyuk au centre du premier trio et la progression de Daniel Carr et Sven Andrighetto donnent de bons arguments à Michel Therrien pour miser sur la stabilité l'an prochain. Étudions les meilleures possibilités.

Radulov-Plekanec

8 est un chiffre qui donne la frousse lorsqu'on analyse la dernière saison de Plekanec. Il réfère à son nombre de buts à cinq contre cinq, 6 de moins qu'en 2014-2015 - alors qu'il en avait enfoncé 14. C'est aussi moins que ce qu'ont offert les employés de soutien Tomas Fleischmann (en seulement 57 matchs), Torrey Mitchell, Dale Weise et Lars Eller.

Un déclin notable, et plutôt inquiétant quand on considère que le Tchèque soufflera 34 bougies en octobre prochain.

Heureusement, cette chute est en partie attribuable à un changement précis dans l'alignement, annoncé en grande pompe au tournoi de golf annuel: Galchenyuk a quitté l'aile gauche pour retrouver sa position naturelle, le centre.

Plekanec, lui aussi un pivot, se voyait ainsi privé de son compagnon le plus fréquent, avec lequel il a disputé 661 minutes en 2014-2015. En Galchenyuk, il avait un ailier qui pouvait échanger la rondelle dans un axe est-ouest, et l'alimenter. Puisque Plekanec est avant tout un attaquant polyvalent, il est à son mieux avec un joueur lui permettant de brandir la double menace, celle de la passe et du lancer.

Flanqué de Gallagher et Pacioretty, Plekanec avait essentiellement deux franc-tireurs sur ses ailes et campait le rôle de fabricant de jeu. Même s'il a été plutôt bon dans les circonstances, disons que ce n'est pas le rôle fait sur mesure pour lui et cela justifie plusieurs choses: sa plus faible implication dans les chances de marquer de son équipe, sa basse quantité de tirs tentés, et la diminution de son nombre de buts, entre autres. Notez qu'il a été fumant dans un petit échantillon avec Galchenyuk cette saison, amassant 1,2 but et 3,67 points par heure de jeu en 147 minutes à ses côtés.

Le numéro 14 a aussi disputé un total non négligeable de 410 minutes en compagnie de Paul Byron et Lars Eller, deux joueurs qui n'arrivent pas à la cheville de l'américain.

La bonne nouvelle c'est qu'Alexander Radulov, un attaquant des plus imaginatifs, donnerait au Tchèque l'impression d'avoir retrouvé Galchenyuk à ses côtés.

Même que son style de jeu ressemble à celui d'un autre ailier russe évoluant hors l'aile avec lequel il a connu du succès par le passé: Andrei Kostitsyn (la version enthousiaste!), qui a revendiqué entre autres 8 passes primaires sur les buts de Plekanec en 2007-2008. Voilà deux avants qui bricolent de l'espace à leurs coéquipiers en manoeuvrant avec puissance - et créativité - vers le filet.

Le catalyste qu'est Radulov a la réputation de produire avec n'importe quel joueur de centre qu'on lui colle. Au sein de l'Armée Rouge, il a généré 30 points de plus que le premier centre du club, Geoff Platt, en deux matchs de moins. Au cours des trois dernières années en Russie, il a obtenu 170 points en 133 joutes, et le meilleur attaquant qu'il a côtoyé est probablement Stephane Da Costa.

En 2014-2015, la production de Radulov a éclipsé celle d'Artemi Panarin, alors que ce dernier évoluait avec Vadim Shipachyov, l'un des meilleurs fabricants de jeu du circuit - Panarin et Shipachyov formaient avec Yevgeny Dadonov l'un des trios les plus redoutables de la KHL.

Il n'est donc pas ambitieux de projeter une cinquantaine de points à cet attaquant hyper-actif. Et c'est Plekanec qui pourrait en être le plus grand gagnant.

Galchenyuk - Pacioretty

Le 5 mars, en deuxième période face aux Jets de Winnipeg, Pacioretty possédait la rondelle à quelques pieds du filet, avec un défenseur sur le dos. Bien que son angle était restreint, il aurait très bien pu utiliser son puissant tir. Plutôt, il a aspiré la couverture, et dirigé une passe du revers entre ses jambes - sans regarder, de surcroît - sur la lame d'Alex Galchenyuk, qui a poussé le disque dans une cage béante.

Ce soir-là, Galchenyuk disputait un premier match au centre après avoir été replacé à l'aile gauche par Michel Therrien le 14 janvier, aux côtés de Desharnais et Byron. C'était le début d'un duo dominant: Galchenyuk allait récolter 17 points durant les 17 derniers matchs de la saison; Pacioretty, 19.

Pour que la chimie opère, on aurait cru que Galchenyuk, en tant que centre et habile fabricant de jeu, devait nourrir comme il se doit l'un des meilleurs franc-tireurs de la ligue - comme le faisait David Desharnais. Mais étrangement, ce fut complètement l'inverse. Durant cette séquence, Chucky a amassé 12 buts, 5 passes; Pacioretty, 7 buts, 12 passes.

Il y a une explication à cette anomalie. D'abord, Pacioretty a toujours été un passeur sous-estimé. Cette facette de son jeu était simplement plus effacée lorsqu'il faisait la paire avec Desharnais. Plus jeune, il avait même été identifié comme un passeur dans les collèges américains. Puis, dans la USHL comme dans la NCAA, il a récolté plus de mentions d'aide que de filets. La tendance s'est poursuivi lors de ses deux premières saisons à Hamilton.

Sans avoir une vision du jeu d'élite, Pacioretty est simplement un joueur intelligent. Il sait comment utiliser l'espace qu'on lui concède et manipuler les défenseurs adverses en les attirant vers lui. Il est aussi conscient des préférences de ses ailiers et sait où ils aiment se positionner.

Si vous avancez à la 11e seconde du vidéo ci-bas, vous remarquerez qu'il a parfaitement vendu le tir à Ryan Kesler afin de libérer une ligne de passe vers le bureau de Galchenyuk.

En jouant au centre, Galchenyuk est appelé à appuyer ses défenseurs profondément en zone défensive, ce qui fait souvent de lui le F3 dans le territoire adverse, c'est-à-dire le troisième attaquant à le pénétrer.

Naturellement, il aboutissait donc au milieu des cercles, ou dans un endroit dangereux, alors que ses ailiers bataillaient pour une rondelle libre le long des rampes. En étant positionné derrière ses coéquipiers, il a mieux pu se démarquer pour décocher des tirs, alors que, sur le flanc gauche, il dégainait majoritairement en périphérie.

Les façons de quitter le territoire et de supporter le groupe de défenseurs en zone défensive varient d'une équipe à l'autre. Quand Michel Therrien s'est résolu à utiliser son poulain à sa position naturelle, sa défensive était décimée par les blessures et l'aide des attaquants devenait prioritaire. Peut-être qu'avec un alignement en santé au début de la saison, on lui permettra de se camper plus haut afin de percer la zone adverse avec vitesse.

Au fur et à mesure qu'il apprivoisera la position, et les tendances de Pacioretty, il ne fait pas de doute qu'on le verra également mettre la table pour ses compagnons de trio. Qu'importe, il n'y a pas de mal à être un centre doué pour remplir le filet.

Dans un monde idéal, Brendan Gallagher compléterait ce duo à temps plein, mais on verrait pourquoi Michel Therrien voudrait l'utiliser autrement, question d'équilibrer ses trios. Galchenyuk et Pacioretty sont suffisamment talentueux pour demeurer dominants en son absence. Toutefois, on ne sait pas si Gallagher se débrouille à l'aile gauche, ou si Radulov est aussi efficace à gauche qu'à droite.

Desharnais-Andrighetto

Sven Andrighetto s'est promené un peu partout dans l'alignement du Canadien: tantôt sur le quatrième trio jumelé à Hudon, tantôt sur le premier pour pallier la blessure de Gallagher.

On l'a aussi employé à la droite de Galchenyuk et Eller. Cela en dit beaucoup sur sa polyvalence. Andrighetto appartient à cette nouvelle catégorie d'attaquants talentueux qu'on peut employer dans plusieurs situations dans l'optique de déployer quatre lignes offensives, à l'instar de Conor Sheary et Bryan Rust des Penguins de Pittsburgh.

Fait plutôt méconnu à son sujet: il est très efficace en défensive, grâce à sa vitesse et son efficacité en récupération de rondelle en échec-avant. Son bas du corps très puissant l'avantage alors qu'il abaisse son centre de gravité le long des rampes.Des qualités qui se manifestent dans ses indices de possession: la part de tirs de son équipe augmente de 3,04% lorsqu'il foule la glace (3e chez les attaquants du Canadien ayant joué au moins 500 minutes). Il affiche également le deuxième meilleur pourcentage de buts pour relatif à son club.

Bref, si Andrighetto n'a produit qu'à un rythme acceptable jusqu'à maintenant (1,6 point par heure de jeu, 8e chez les attaquants), il n'en demeure pas moins un joueur utile sur la patinoire.

Le pugnace ailier droit remplit beaucoup de qualificatifs pour combler un rôle aux côtés de Desharnais - qui excelle pour passer dans l'enclave. Il fait pencher la balance du bon côté sur le plan de la possession (une facette qui donne de plus en plus de fil à retordre au Québécois, qui ralentit avec l'âge) et il possède un bon tir ainsi que de bons instincts de marqueur.

De plus, les deux joueurs ont bien fait ensemble dans le tout dernier droit de la saison, au sein d'un trio complété par Phillip Danault à l'aile gauche.

Byron - Danault - Mitchell

Je triche en proposant un trio, mais aucun de ces trois joueurs ne devraient jouir d'un plus grand rôle, sachant que le Canadien possède des attaquants établis (Shaw, Carr) et des espoirs (Lehkonen, Hudon, Reway, McCarron) plus aptes à évoluer au sein du top-9.

À Chicago, Phillip Danault était formé par Joel Quenneville pour devenir le prochain Marcus Kruger, c'est-à-dire, un centre défensif servant à neutraliser même les meilleurs trios adverses, et s'occuper des mises au jeu dans son territoire. Pour prolonger ce stage, Michel Therrien n'aurait qu'à déplacer Mitchell à l'aile droite. En Byron-Danault-Mitchell, le Canadien a une combinaison rapide capable de marquer des buts, mais aussi d'éloigner la rondelle des bons joueurs de l'autre équipe.

Il y a toujours une possibilité pour Therrien de s'ajuster et d'augmenter le temps de jeu de son quatrième trio certains soirs où son troisième est mis en échec. C'est la beauté d'un alignement dépourvu de "joueurs d'énergie": tout le monde peut mettre la main à la pâte.

Dès son arrivée avec le Canadien, les partisans ont compris ce que Bergevin voyait en Danault. Sans récolter une tonne de points, le Québécois manie adroitement la rondelle, réussit les sorties et les entrées de zones, place intelligemment son bâton, applique une bonne pression un échec-avant et distribue bien le disque à ses ailiers en zone offensive. La portion des tirs décochés par son équipe grimpe de 4,45% (!) lorsqu'il est sur la patinoire. Disons qu'à ce chapitre, il a appris dans la bonne école, celle des Blackhawks de Chicago.

Sportlogiq, RDS

Les pièces mobiles: Gallagher, Shaw, Carr

L'idée n'est pas de les déplacer incessamment d'un trio à l'autre au courant de la saison. Seulement, Gallagher, Shaw et Carr sont des ailiers qui n'auront pas de problème à développer une complicité avec un des duos du top-9. Ils génèrent quantité de chances de marquer à proximité du filet et bataillent férocement pour cueillir les rondelles libres. De plus, Therrien chérira leur énergie contagieuse qui pousse leurs compagnons à s'impliquer davantage dans le jeu. Voilà trois bonnes options pour donner une nouvelle dynamique à une paire en léthargie.

Ils sont en jargon hockey ce qu'on appelle des "net-front guys". Il ne faut pas oublier qu'il n'y a qu'une seule rondelle. Pendant que deux attaquants se l'échangent en zone offensive, il y a en a un qui doit être campé dans la zone payante devant le filet, afin de voiler le gardien, attirer un défenseur, se mettre en évidence pour une chance de marquer, donner une deuxième vie à un tir en le déviant, saisir un retour, ou initier une possession en cycle au bas des cercles.

Travis Yost analysait tout récemment l'importance de ce genre de joueurs. Il a constaté que Gallagher obtenait le deuxième plus grand nombre de retours par heure de jeu à cinq contre cinq, et occupait le tout premier rang en avantage numérique. Dans tout ça, n'oublions pas Daniel Carr, dont la proportion des tirs dans le bas de l'enclave est encore plus élevée.

Gallagher, toutefois, a plusieurs dimensions à son jeu. Légitime ailier de premier trio, le numéro 11 transporte la rondelle avec aplomb à travers la zone neutre. Il peut fabriquer des jeux pour ses coéquipiers, mais aussi faire mouche d'un tir précis. Il recevra probablement beaucoup de temps de jeu à la droite de Pacioretty et Galchenyuk.

Patience...

La stratégie de former des duos afin d'assurer une stabilité se veut rigide, et aucun entraineur ne peut l'appliquer à la lettre pendant 82 matchs.

Toutefois, l'équipe s'en portera mieux si Michel Therrien n'a pas à apporter beaucoup de changements durant l'année, particulièrement au sein de ses deux premiers trios. Des équipes d'élite comme les Blackhawks (Panarin-Kane, Toews-Hossa) et les Sharks (Pavelski-Thornton), entre autres, misent sur des joueurs séparés rarement les uns des autres.

Le Canadien a tout à gagner à se montrer patient et à attendre que des joueurs aux habiletés complémentaires réussissent à s'entendre sur la glace.

Lorsque le duo idéal sur papier ne fonctionne pas après quelques matchs, il est parfois sage de maintenir le statu quo pour obtenir les meilleures récompenses à plus long terme. Rappelons que les premiers essais de Galchenyuk au centre de la première unité cette année avaient été laborieux.