FanPost

Le marasme du Canadien se poursuit

James Guillory-USA TODAY Sports

Mes humbles billets sur l'état du Canadien tombent souvent à des moments, disons, intéressants. Mon premier arguait que le CH était "en difficulté" au coeur d'une longue séquence de victoires; mon second parlait de "crise", mais pas de celle dont les médias parlaient à ce moment.

Mon troisième arrive à un moment où le Canadien surfe sur une séquence de 5-1-1. Cette séquence fait suite à une autre, celle-là de quatre solides défaites, où plusieurs voyaient le poste de Michel Therrien en danger. Après avoir récolté onze points sur une possibilité de quatorze, ces propos ont cessé, et plusieurs commentateurs en sont d'ailleurs à féliciter le Canadien de cette réinvention.

De réinvention il n'y a pas eue. Le Canadien, après un passage à vide dans les buts, est bêtement revenu à ce qui a fait ses "succès" cette saison: beaucoup d'opportunisme, une bonne dose de bonne fortunes, et des performances étincelantes de ses gardiens.

Voyez plutôt: lors de la séquence de 4 défaites, le Canadien a accordé, en omettant un but dans un filet désert, 18 buts sur 119 tirs, pour un pourcentage d'arrêts de .849 sur une moyenne de 29.75 tirs par match. Lors des septs matchs suivants, le Canadien accorde une moyenne de 35 tirs par matches, mais n'accorde que 8 petits buts sur les 245 tirs tentés par l'adversaire pour un rutilant pourcentage d'arrêt de .967! Pour fins de comparaison, Carey Price a terminé le tournoi Olympique avec un pourcentage d'arrêts de .972 derrière une défensive qui, on en conviendra, était largement supérieure à celle du Tricolore.

Pendant ce temps, le jeu d'ensemble du Canadien continue à se morfondre au niveau des équipes de loterie, ou alors de celui du Canadien de 2011-2012 qui était pourtant beaucoup moins épargné par les blessures. Que ce soit lors d'une série de défaites ou d'une séries de victoires, le point commun des matches du Canadien demeure le même: celui-ci est largement dominé en possession de rondelle comme aux chances de marquer.

Voyez plutôt le prolongement du graphique de Fenwick Close que j'avais présenté lors de mes deux premiers articles:

Cumulatiffenclose3_zps229da130_medium

On le voit, la ligne de 2013-2014 pique résolument du nez, à un rythme encore plus catastrophique que celui de l'équipe de 2011-2012. Or celle-ci avait été décimée par les blessures à des joueurs-clés; l'alignement du club de cet année, d'ores et déjà supérieur, n'a vraiment souffert que de l'absence d'Alex Galchenyuk.

D'autres comparaisons? Du point de vue de pourcentage, le Fenwick Close du Canadien est maintenant de 47.6% pour l'ensemble de la saison, bon pour le 26ème rang de la ligue ou, en d'autres termes, du niveau de la loterie. Depuis le premier décembre, ce pourcentage est de 45.4%, ce qui les place en-déça des Flames de Calgary. Depuis le premier janvier, on parle de 44.5%. Le bleu-blanc-rouge, à forces égales, est l'un des pires clubs de toute la LNH.

Le Canadien joue vraiment, mais vraiment mal. L'alignement ne suggère pourtant pas un club de fond de classement. Que se passe-t-il?

On ne peut pas vraiment attribuer une débandade pareille à un seul élément. Mais j'aimerais quand même attirer votre attention sur la défensive du Canadien, et sur la figure centrale de celle-ci, j'ai nommé: Douglas Murray.

Car malgré la présence du dernier lauréat du trophée Norris, c'est l'utilisation du gros défenseur Suédois qui dicte le déploiement de l'unité défensive. Examinons en quoi l'utilisation de Murray dicte la stratégie du personnel du Canadien.

La direction du Canadien semble avoir décidé depuis un certain temps que Douglas Murray était indispensable au club et que celui-ci amenait un élément dont il ne pouvait pas se passer. Il est donc devenu un régulier indélogeable de l'alignement. Cette décision pose cependant certains problèmes pour une raison bien simple: Murray est poche. Il s'agit d'un candidat sérieux au titre de pire défenseur de la LNH, et il est certainement, de loin, le pire défenseur du Canadien. Et, à un certain niveau, le personnel d'entraîneur semble s'en rendre compte.

Murray étant vulnérable, donc, le personnel d'entraîneur s'affaire à le protéger, en l'éloignant généralement des éléments les plus forts de l'adversaire et surtout en lui donnant un maximum de mises en jeu en zone offensive. En raison des déboires à cinq contre cinq du Canadien, celui-ci n'a pas une quantité infinie de mises en jeu en zone offensive à fournir à Murray; c'est néanmoins lui qui profite du déploiement le plus favorable parmi les défenseurs du Canadien. On en a une illustration ici:

Défenseurs MEJ offensives MEJ défensives Ratio MEJ
Subban 324 374 46.4%
Markov 270 369 42.3%
Gorges 285 388 42.3%
Emelin 142 226 38.6%
Bouillon 154 154 50.0%
Beaulieu 64 62 50.8%
Diaz 183 238 43.5%
Murray 143 119 54.6%

Murray bénéficie d'un ratio de mises en jeu offensive nettement supérieur à celui de tous les autres défenseurs du CH. En fait, hormis les recrues, Murray est le seul a avoir un ratio positif de mises en jeu. La différence entre un Murray à 54.6% et un Subban à 46.4% est frappante, pour ne rien dire de la comparaison avec les défenseurs plus défensifs comme Gorges et Emelin.

En fait, le 54.6% est identique au déploiement réservé à Marc-André Bergeron en 2009-2010, et la qualité de la compétition était à l'avenant. Bergeron, malgré des qualités offensives indéniables, était très limité à 5 contre 5 et Jacques Martin a donc pris soin de le protéger pour réduire le plus possible l'importance ses lacunes. Pour un défenseur offensif de cette trempe, cette utilisation tombe sous le sens. Qu'un défenseur prétendûment défensif soit utilisé à la même sauce est une autre histoire; cela suggère qu'on le voit comme aussi vulnérable qu'un Marc-André Bergeron, mais sans le talent offensif pour profiter des situations favorables.

On note aussi au passage que l'utilisation de Diaz n'était pas celle d'un défenseur offensif; en fait, c'est en défensive que Diaz a rendu les plus précieux services au Canadien et le personnel entraîneur, on le voit, l'utilisait comme s'il le considérait plus fiable que Murray.

Le plus terrible c'est que malgré pareille poussée offensive, Douglas Murray se fait rétamer: Fenwick Close de 41.1%, Fenwick total de 42.2%, le gros Suédois flirte avec le dernier rang des indicateurs de possession malgré une utilisation visant à le partir le plus possible en zone offensive.

Et pendant ce temps, le reste de l'alignement souffre du déploiement de Murray. Pendant que celui-ci accapare plus que sa part des mises en jeu en zone offensive, ce sont les autres paires qui doivent prendre les mises en jeu en zone défensive, ce qui explique les pourcentages vus ci-haut. Qui plus est, parce que Murray est lamentable en possession de rondelle, il mène souvent à encore plus de mises en jeu en zone défensive, ce qui alourdit d'autant la charge des deux première paires. Le tout pendant qu'il est gardé à distance des meilleurs éléments adverses, forçant les Subban, Markov, Emelin et Gorges à souvent commencer leurs présences près de Carey Price contre les top-6 adverses.

Et finalement, Murray étant déjà vulnérable à gauche, on n'ose pas le faire passer du mauvais côté, ce qui fait que même Beaulieu, une recrue, se voit demander de jouer du mauvais côté pour faire la paire avec lui et limiter les dégâts.

C'est ainsi, donc, que Murray dicte le déploiement des défenseurs. Au lieu d'une défensive bâtie autour des qualités d'une paire Markov-Subban, comme on voyait en début de saison, l'unité défensive du Canadien en est venue à se construire autour des déficiences de Murray, visant à limiter l'impact de celles-ci.

Mais pourquoi donc faire tant de déploiements et d'efforts pour pallier aux lacunes de Murray? Pourquoi le Canadien s'encombre-t-il autant d'un défenseur aussi inefficace? On ne peut bien sûr pas être absolument certains des raisons, mais une explication semble néanmoins s'imposer: Murray est gros.

Et le Canadien a décidé, de toute évidence, que cette grosseur était un élément indispensable. Qui plus est, il est arrivé, à l'occasion, que le déploiement de Murray déroge de l'extrême protection dont il bénéficie habituellement et ce, dans le but de l'opposer à un attaquant adverse au gabarit particulièrement imposant: une fois contre Alexander Ovechkin (accompagné alors de Subban), et une autre contre Dustin Byfuglien. Le personnel d'entraîneurs semblait, en surface, croire que le gabarit de Murray serait nécessaire pour contrer ces gros joueurs. Sans surprise, ces confrontations furent largement dominées par l'adversaire, même si Price, veillant au grain, parvint à limiter les dégâts au tableau.

Cette obsession pour la grosseur de Murray en est venue au sacrifice de Diaz, joueur pourtant lourdement solicité en début de saison mais qu'on a laissé filer dernièrement contre un joueur de quatrième trio sans grande distinction. Qu'on ne se leurre pas en croyant que c'est pour faire une place à Beaulieu qu'on a laissé partir Diaz; d'ailleurs, au moment d'écrire ces lignes, il n'était même pas membre du Canadien et c'est Tinordi qu'on a rappelé à sa place. Diaz a été à toutes fins pratiques donné au Canucks pour un cliché bien simple: il ne "faisait plus partie des plans". Tandis que Murray, lui, fait partie des plans au point d'infléchir ceux-ci pour lui faire une place.

Ce qui nous mène à ce que tout cela veut dire pour le Canadien. Bénéficiant d'un coussin intéressant avec 23 matches à jouer, celui-ci semble en bonne posture pour accéder aux séries; le 8ème club de la conférence est en route pour une saison de 90.4 points, et il ne faudrait que 21 points au CH pour excéder ce total, ce qui est certainement possible même pour un club qui joue à un niveau aussi piètre que celui du CH. C'est là même sans compter sur Carey Price qui semble, à lui seul, prêt à porter le club jusqu'à une place en séries, accumulant les petits miracles pour lui permettre de remporter des victoires.

On ignore s'il faut s'en réjouir. Si à court terme une participation en séries serait bien sûr préférable, on doit s'interroger sur l'optique à long terme du Canadien et sur l'absence du fameux coup de barre dont le Canadien a besoin depuis des mois. Bien sûr, puisque l'équipe gagne, on peut hésiter à vouloir apporter des correctifs, même s'ils s'imposent; pourtant, c'est maintenant, alors que le Canadien bénéficie encore d'un coussin intéressant, qu'il faudrait faire les changements. Pas plus tard, à l'aube des séries, où le Canadien pourrait fort lutter pour sa survie. Où encore dans les séries elles-mêmes, où les clubs ayant de faibles jeux de possession font rarement long feu, et où le Canadien, hormis un autre miracle de la part de Price, risque de faire un bien court séjour.

Mais la direction du CH ne se contente pas d'ignorer les problèmes du club; elle en rajoute, confiant plus de responsabilités à un Murray tandis que Diaz, défenseur droitier chez une équipe qui n'en a qu'un autre, est échangé pour un joueur de soutien. Parce que le Canadien continue à maintenir sa place en séries, parce que les attentes générales sont fort basses, et surtout parce que Carey Price connaît une saison époustouflante qui masque les défaillances du reste du club, la faiblesse du jeu du Canadien ne reçoit pas l'attention qu'elle mériterait. Surtout de la part de la direction, qui, hormis une bien improbable remise en question durant la pause Olympique, semble disposée à surfer sur les prouesses de son gardien, sans se soucier (ou, peut-être même, sans réaliser) que l'équipe est constamment dominée à forces égales alors que, pourtant, elle y excellait l'an dernier.

Ce genre de gérance, basée sur les seuls résultats à court terme de l'équipe sans un examen aprofondi des causes de ceux-ci ou des tendances à long termes, et où l'on favorise grosseur et facteurs intangibles aux joueurs de qualité, est le propre des équipes qui vivotent, voirent partent en reconstruction sans l'avoir vraiment planifié. Si le Canadien va probablement arriver à rester sur la bulle cette année, la tendance n'augure rien de bon pour l'avenir sans une sérieuse remise en question.

Un beau gâchis, et on n'est pas sorti du bois.

Fanpost content is created by members of the community and is not published by the authors, editors, or manager of Eyes on the Prize.

SB Nation Featured Video
X
Log In Sign Up

forgot?
Log In Sign Up

Forgot password?

We'll email you a reset link.

If you signed up using a 3rd party account like Facebook or Twitter, please login with it instead.

Forgot password?

Try another email?

Almost done,

By becoming a registered user, you are also agreeing to our Terms and confirming that you have read our Privacy Policy.

Join Eyes On The Prize

You must be a member of Eyes On The Prize to participate.

We have our own Community Guidelines at Eyes On The Prize. You should read them.

Join Eyes On The Prize

You must be a member of Eyes On The Prize to participate.

We have our own Community Guidelines at Eyes On The Prize. You should read them.

Spinner.vc97ec6e

Authenticating

Great!

Choose an available username to complete sign up.

In order to provide our users with a better overall experience, we ask for more information from Facebook when using it to login so that we can learn more about our audience and provide you with the best possible experience. We do not store specific user data and the sharing of it is not required to login with Facebook.

tracking_pixel_9355_tracker